Le poète déchu

Le papier est jauni mais vierge de tout mot,
Ainsi donc s’est tu qui sublimait ses maux,
Le poète n’est plus, sa plume s’est envolée
Vers un néant stérile où le verbe est volé

Par des peurs indicibles, ces succubes impies
Qui trompent feu le poète, l’enivre de dépit,
Et l’encre coagule dans sa cartouche usée,
Et feus ses vers chantants se font pièces de musée,

Les démones dansantes ravagent son cerveau,
Louvoyant dans sa chair, emmêlant l’écheveau
Des ses pensées-chimères et de son corps tremblant
Sous un grand soleil noir, l’astre mort accablant.

Le désastre a pris corps et les rimes s’effacent
Sous des vents d’outre-tombe où la faucheuse enlace
Le prince des mots déchu qu’aucun ne reconnaît,
Mais trêve de poésie le voilà qui renait !